La question de l'autonomie des équipes est au cœur de nombreuses réflexions managériales modernes. Mais elle est rarement traitée sous l'angle financier : comment donner à un responsable marketing, à un responsable commercial ou à une équipe R&D les moyens d'agir vite sans créer de risque financier non maîtrisé pour l'entreprise ? Rod Cherif et Guilhem Bellion ont fondé Spendesk sur la conviction que ce problème n'avait pas de vraie solution sur le marché — et qu'ils pouvaient en construire une.
Ce qui distingue le parcours fondateur de Spendesk, c'est la profondeur de la compréhension du problème client avant même d'avoir commencé à coder. Cherif et Bellion ont passé plusieurs mois à interviewer des directeurs financiers, des responsables achats et des collaborateurs opérationnels pour comprendre précisément où se situaient les frictions dans les processus de dépenses. Cette phase d'immersion — souvent négligée par les fondateurs pressés d'aller au marché — a produit un brief produit d'une précision rare, qui a guidé les premières années de développement.
Aujourd'hui, avec 230 millions d'euros levés et une présence dans 14 pays européens, Spendesk est entré dans la phase de consolidation d'un acteur établi. La question fondatrice qui se pose à Rod Cherif est celle de l'évolution du leadership quand une startup devient une entreprise : comment maintenir la culture de l'autonomie et de l'agilité qui a fait le succès initial, tout en développant les process et la gouvernance qu'une organisation de plusieurs centaines de personnes nécessite ? C'est le défi que tous les fondateurs de scale-ups européens connaissent — et que peu résolvent avec grâce.